L'Oeil du Photographe # 9 - Nicolas Davidenko

Nicolas Davidenko a accepté d’être le sujet de "L’œil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.



Comment a débuté ton aventure photographique et quelles sont tes influences ?
J’ai eu mon premier appareil photo, j’avais 15 ans (il y a 40 ans, snif …), c’était un Canon FTB et à vrai dire, je ne me souviens plus qu’elles étaient mes motivations au départ… Mais j’ai beaucoup dessiné dans mes jeunes années, sans être vraiment satisfait de ce que faisais, je suis peut-être photographe par défaut mais c’est finalement un moyen d’expression indirect qui me convient parfaitement... J’ai très vite pensé à viser juste et à soigner ma composition. Ma pratique régulière est assez récente. Précédemment mes différentes activités étaient des occasions de faire des photos, alors qu’aujourd’hui la photo est mon passe temps principal.
J’ai beaucoup d’influences, d’une façon générale la photo de reportage très dynamique, faite au grand angle, pour un contact avec le sujet. Tous les grands noms qui ont fait ou font la renommée de Magnum par exemple… Dans un autre genre pour sa lumière incroyable et ses "noir et blanc" comme j’aime, Sebastiao Salgado. Et tiens, un amateur américain que j’ai découvert dernièrement sur Google : Mark Surloff… Une de mes dernière photo (urban mecanic) est d’ailleurs inspirée par son style… mais il y en a tellement d’autres…

Tu es un photographe polyvalent, très bon dans beaucoup de domaines, mais on constate tout de même que la photo de rue occupe chez toi une part importante. Que t’apporte cette discipline ? Qu’aimes-tu dans la photo de rue ?
C’est une pratique assez jeune pour moi. Le paysage urbain permet tous les cadrages possibles, les sujets étant inépuisables. J’habite en ville. Paris est une ville que j’adore ou je me sens bien, c’est logique que cela soit mon terrain de jeux favori. Je photographie le milieu dans lequel je vis. Mes sujets évoluent aussi, l’humain rentre de plus en plus dans mes compositions, je finirai peut-être par de vrais portraits de rue ...

En regardant ton portfolio, on s’aperçoit que tes photos sont très graphiques, que ce soient les couleurs, les lignes, les perspectives.. Comment définirais-tu ton style ?
En effet, c’est ce que j’aime dans la photo, pour moi outil de création graphique (sans doute mon goût initial pour le dessin). Le noir et blanc permet d’autant plus cette approche, où il s’agit simplement de doser et de disposer des masses lumineuses dans le cadre. Je ne sais pas si j’ai un style, c’est aux autres de le définir, mais des tendances se détachent, oui certainement, l’utilisation du grand angle et des compositions en contre plongée par exemple.
J’aime la profondeur dans une photo, pouvoir y rentrer par un coin et que le regard soit guidé vers la sortie, l’étagement des plans, que tout soit à sa place. Je cherche aussi à faire évoluer ma photo, éviter les répétitions, sortir de trop d’académisme, chercher dans d’autres directions moins instinctives … Je pense que mon style évolue et le fera encore, en conservant quelques principes forts et constants comme une composition très réfléchie.
Ton rendu en post-traitement se rapproche souvent d'un rendu argentique. Une simple nostalgie ou un goût avéré pour le grain et les gris profonds ?
Non pas spécialement de nostalgie mais un goût pour les oppositions franches entre les masses sombres et claires. J’aime les textures, le brillant qui claque, le noir profond, une certaine dramatisation… Je ne vois pas le sujet en noir et blanc, comme certains grands photographes habitués à cette pratique. Quand je prends une photo, c’est l’agencement des objets que je vois, la composition. Mon appareil est réglé en monochrome pour avoir ce rendu au contrôle à l’écran, mais bien sûr la conversion se fait ensuite, le raw permettant éventuellement de garder une version couleur. La peinture de la lumière se fait ensuite devant le pc, sous Lightroom pour l’essentiel et photoshop pour finir si besoin. Le traitement me permet de créer l’ambiance qui m’intéresse et je ne sais pas forcement ce que va devenir la photo au moment de la prise de vue. J’ai envie que mes photos racontent une histoire.
Ce n’est pas évident de se lancer dans la photo de rue, notre timidité ou nos appréhensions nous freinent souvent. Quels conseils nous donnerais-tu pour surpasser tout ça et pouvoir shooter en toute liberté d’esprit ?
Ma pratique est trop récente pour donner de véritables conseils, mais j’ai remarqué par exemple, que quand les gens sont occupés, ils ne vous voient pas forcement. J’aime beaucoup le super grand angle, qui permet d’aller quasi au contact et ce qui est amusant, c’est que l’angle de prise de vue peut-être tellement large qu’une personne sur le coté ne pensera pas être sur la photo. On parle souvent d'instantanés en photo de rue, mais l’instantané doit être préparé.
Il faut penser par avance à ce que l’on souhaite faire, choisir son point de vue (choix de l’objectif), choisir son diaphragme, vérifier sa vitesse ou régler en iso auto pour une vitesse mini adaptée au sujet. Je sélectionne même le bon collimateur pour pouvoir faire le point sur le sujet quand il sera placé exactement ou je veux et déclencher à ce moment là. En général on a que quelques dixièmes de secondes pour faire la bonne photo, donc pas le temps de reprendre ses réglages. J’ai quelques scrupules à faire des portraits volés, d’autant que ce ne sont pas forcement les meilleurs … Je préfère quand les gens posent et donnent d'eux-mêmes, mais je n’ai pas encore franchi le pas d’aller leur demander.

Merci Nicolas de nous en avoir appris plus sur ton approche de la photographie. Vous pouvez retrouver Nicolas sur :
Interview réalisée par: Evelyne Zeltner et Eric Gindre - Juin 2015