L'oeil du photographe #24 - Mahamoud M

Mahamoud M a accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.



Quelles ont été les étapes importantes dans ton apprentissage de la photographie et quand as-tu commencé à t’intéresser à la photographie de portrait ?
Mon intérêt pour le portrait et pour la photo en général, m'est venu à travers le souvenir des photos argentiques de mon père. Mais à mes débuts, je n'étais pas encore prêt pour le portrait.
Mon arrivée sur le groupe G+Photographie, où j'ai pu me rendre compte que j'avais du travail pour m'améliorer, a marqué le début de mon apprentissage. L'émulation qui y règne m'a permis de bénéficier des critiques constructives des uns et des autres, ce qui a considérablement enrichi ma pratique. Une dynamique qui allait bien avec mon caractère exigeant. J’ai essayé d’explorer les possibilités d’un maximum de styles photo au cours de mon évolution : paysages, architecture, street et macro. Dans ces domaines, j’ai bénéficié de l’accompagnement des membres du groupe G+photographie grâce au tutorat. D'ailleurs, je tiens particulièrement à remercier Aurélia et Didier, pour tout !
Je suis revenu aux portraits après m’être initié au strobisme (photo au flash déporté) et au clair-obscur. Depuis, je construis ma technique en essayant de transmettre des messages forts à travers les émotions, une dimension qui me manquait dans mes premiers portraits.

Tes portraits semblent fortement influencés par ta famille, tes valeurs, tes origines, peux-tu nous en dire davantage ?
Pour que mes portraits véhiculent quelque chose, j'ai dû y mettre un peu plus de moi, chercher l'inspiration dans mes repères, dans mes souvenirs. On est tous marqués par une histoire, et mes origines comoriennes sont très présentes dans mes sources d'inspiration. 
Je suis originaire de l’archipel des Comores, un ensemble de 4 îles sur la côte est-africaine, et de Madagascar. Ces deux endroits sont liés par une histoire commune : la population y est le résultat d’un important brassage ethnique et culturel, et ils ont été une même colonie française durant 150 ans. On retrouve aux Comores, où j’ai grandi, l’héritage des civilisations asiatique, africaine, arabe, perse et européenne. La langue, les vêtements et la manière de les porter, les coutumes, racontent tous l’histoire de ces migrations et de leurs apports, ce qui fait qu’un Comorien peut se trouver partout chez soi. 
J’ai été amené à voyager très tôt, avec ma famille. Nous nous sommes rendus à Madagascar, à l’île Maurice, et dans le nord de la France. J’ai passé plusieurs années dans le sud pour mes études, puis à Lille, avant de m’installer en Île-de-France. 
Ces photos, c'est une manière de retrouver un monde que j'ai quitté, de préserver, en le racontant, l'image que j'en ai gardé, ce que voyaient mes yeux d'enfant, et de partager un peu de cette magie.


Passes-tu beaucoup de temps en post-traitement ?
Souvent par perfectionnisme, oui. J'aime donner du temps à mon regard sur la photo, le laisser mûrir afin de mettre en exergue ce que je veux transmettre comme message. Sinon je n'ai en général pas beaucoup de travail en PT, en particulier avec le clair-obscur.
J’utilise Lightroom pour la quasi-totalité de mes traitements, le but étant d’obtenir l’atmosphère la plus juste. Cela implique souvent que j’ajuste les tons les plus profonds, que j’équilibre les lumières et les contrastes, afin de m’approcher au maximum de l’idée que j’avais en tête au moment de la prise de vue. 
Malgré tout je dois avouer que je réfléchis à deux fois avant de soumettre une photo aux regards experts des membres de la communauté ;)) 


Quels sont les sujets qui te plaisent actuellement, et sur quoi travailles-tu ? As-tu des projets ou des idées pour 2017 ?
J'ai quelques idées en tête, le tout c'est de trouver le temps de les concrétiser sérieusement. Et ça demande aussi un peu de moyens.
J'aimerais bien travailler sur le contraste entre la vie des immigrés en France, leurs professions, et la vie qu'ils ont laissée dans leur pays. Il me faut du temps pour construire une identité forte, propre à mes photos.
J'aimerais aussi voyager, voir de nouveaux lieux, de nouvelles têtes. Réaliser un road trip de plusieurs semaines, entre documentaire vidéo et reportage photo dans mon pays d'origine, ça me plairait beaucoup aussi. C’est un projet qui me tient à cœur, je m’y prépare et je crée les opportunités pour le concrétiser. En plus d’un retour aux sources, ce sera aussi une manière de renouer avec cette terre que je n’ai plus revue depuis plusieurs années. 
Peux-tu nous parler de tes influences artistiques, de ce qui anime ta curiosité ?
Ma culture photographique est encore en pleine construction ! J'apprends, j'observe les formes, les expressions, le monde autour de moi, et je précise peu à peu mon empreinte.
Je ne saurais citer des grands noms de la photographie, mais disons que certains travaux de photographes que je croise quand je fais mes recherches me plaisent, comme ceux de la britannique Laura Pannack. J’aime sa façon de mettre en photo les émotions, sans doute parce que j’y retrouve un peu de ce que je recherche moi-même : libérer des expressions, réaliser les portraits les plus parlants et les plus authentiques possibles.
Un grand merci Mahamoud pour avoir accepté de te dévoiler un peu plus, pour rappel vous pouvez le retrouver sur :
Interview réalisée par : Evelyne Zeltner et Michel Vervoort - mai 2017