L'oeil du Photographe #27 - Collectif IMAGINeART

Ce mois-ci, l’Oeil du photographe sera consacré au Collectif IMAGINeART. Il nous a semblé intéressant de nous pencher sur le sujet qui pourrait tenter certains d’entre nous. A l’origine de cette interview, Cédric Ortiz que vous connaissez sous le pseudo Txipi Art’z. Il a accepté avec ses deux amis du Collectif de répondre à nos questions.


Copyright - Cédric Ortiz

Un Collectif est une démarche particulière, qu’est-ce qui vous a amené à faire ce choix ?
Raphaël Cauhépé-François : Le photographe fait un travail de solitaire… Je suis photographe auteur depuis 2009 et trop souvent les commandes tombent au même moment, ou encore, je me retrouve à avoir besoin de tel ou tel matériel juste pour un shooting. Bref, depuis longtemps je cherchais à m’associer avec des collègues de confiance qui auraient eu les mêmes envies que moi. Pour un photographe, ça n’est pas évident de vouloir “partager”, il a fallu trouver les bonnes personnes.
Copyright - Raphaël Cauhépé-François
En 2014, avec Patrick Ondicola nous nous sommes regroupés sous le Collectif IMAGINeART. Pour le moment, il s’agit d’une association de loi 1901. Mais à terme, je rêve d’une coopérative, avec un fonctionnement très équitable, responsable, paritaire et égalitaire…
Les objets du Collectif sont :
  • la création, la production, la réalisation, l'édition, la diffusion, la distribution et la promotion d'images fixes et en mouvement, d'oeuvres audiovisuelles, d'art visuel et multimédia.
  • l'organisation et la participation à des événements, des festivals, des expositions et des manifestations culturelles ou sociales.
  • proposer et animer des ateliers de sensibilisation, d’initiation, de perfectionnement, pour tous les publics, membres ou non de l'association.
Patrick Ondicola : Le photographe est toujours seul derrière son appareil photo ! Le choix du Collectif est assez simple pour moi. Depuis de nombreuses années je travaille seul et il arrive un moment ou si l’on veut évoluer, ne pas rester sur ses acquis, se mettre en danger, il est important de pouvoir partager, confronter nos idées, nos sujets, nos univers photographiques et nos expériences.
Quant au futur du Collectif IMAGINeART, tout comme Raphaël je souhaiterais un fonctionnement en coopérative.
Copyright - Patrick Ondicola
Cédric Ortiz : Mon gros souci c’est que j’aime être seul ! Et j’ai rencontré Patrick et Raphaël… leur approche de la photo et leur expérience m’apporte beaucoup et j’espère leur en donner autant en retour. Je mouille à peine l’orteil dans le monde de la photo et pouvoir avancer en partageant des valeurs communes c’est très enrichissant, même si je garde un œil sur l’entrée de ma grotte…
Pour moi le Collectif c’est le fait de pouvoir créer ou entreprendre des projets qui nous parlent et de conjuguer nos efforts pour leur donner un sens.
Qui se cache derrière ce Collectif ? Quelles sont vos spécificités personnelles et qu'est-ce qui vous distingue les uns des autres ? 
Raphaël : Avant l’arrivée de Cédric Ortiz (Txipi Art’z) nous étions deux. Ce qui nous distingue c’est la complémentarité de chacun. L’idée ça n’est pas d’être plusieurs à faire les mêmes images. Et puis dans le métier de photographe, faire des images remplit à peine ⅓ de notre activité. Pour ma part, je suis à l’aise dans la photo de paysage, pour le reste je fais surtout des reportages institutionnels. Aujourd’hui je suis en train d’arrêter le numérique pour passer à la prise de vue et post-production uniquement en analogique, aussi bien pour les commandes que pour mon travail perso. Le Collectif permet ainsi de m’appuyer sur Patrick et Cédric. Si des clients souhaitent des fichiers, je “refilerai le bébé” à Patrick ou à Cédric…s’ils acceptent, bien entendu ;)
Copyright - Raphaël Cauhépé-François
Patrick : Ce qui nous distingue les uns des autres, c’est avant tout nos parcours personnels qui font de nous ce que nous transcrivons dans la photographie, nos approches, nos manières de traiter les sujets, nos préférences. Ce sont toutes ces différences qui nous enrichissent et font que le Collectif fonctionne. De mon côté, j’ai effectué des reportages sur la pêche en mer, sur des écobuages ou même sur le travail des icônes. Je fais aussi de la prise de vue pour une société qui fait de la métallerie, mais ce que j’aime le plus c’est la photo noir et blanc, quel que soit le sujet (reportage, architecture, paysage, portrait) que ce soit du numérique ou de l’analogique, avec une grosse préférence pour le tirage analogique.
Copyright - Patrick Ondicola
Cédric : Moi et les patates chaudes… Malheureusement, vu ma taille y’a pas grand chose qui se cache derrière moi. Sinon ma spécificité, ou plutôt mon premier amour, c’est la photo de rue avec l’état d’esprit que ça implique. Je fais du mieux que je peux pour retranscrire cette addiction dans tous les travaux que j’entreprends. Nos chemins personnels font que l'on se distingue les uns des autres. Y’ a aussi les odeurs… mais c’est un autre débat.
Copyright - Cédric Ortiz

Quel est le but de votre Collectif et comment fonctionnez vous ? 
Raphaël : Mutualiser le matériel (prise de vue, post-prod, impression), mutualiser les idées (les échanges, la construction de séries, la sélections des photos pour la diffusion), pour des commandes qui tombent au même moment nous pouvons compter les uns sur les autres, de même pour la diffusion des images (mise en commun de la photothèque, réponse à des appels à candidature ou appels d’offre). Pour ce qui est du fonctionnement, quand des commandes ou des ventes sont passées via le Collectif, le photographe reverse un pourcentage au Collectif.
Copyright - Raphaël Cauhépé-François

Parlez-nous de votre reportage “Pèlerinages”. Comment fait-on un reportage à trois voix ?
Raphaël : Avec Patrick, cela faisait longtemps que nous voulions photographier le pèlerinage des Gens du Voyage aux Saintes Maries de la Mer. Et puis cette année, tout collait parfaitement : nos disponibilités, l’envie, et puis l’énergie de Cédric qui lui, était chaud bouillant ! On s’est vu avant pour discuter en amont, savoir ce qu’on allait faire des photos, comment et sous quel angle aborder ce sujet. Des reportages sur ce pèlerinage, ce n’est pas ce qui manque sur le web… Mais par contre, après quelques recherches, nous n’avons pas trouvé de livre photo significatif qui traitait du thème. Il y a bien quelques images des Saintes Maries de la Mer dans “Les Gitans” de Lucien Clergue, mais cela date un peu. Il y a aussi une BD du dessinateur Kkrist Mirror. Une fois baignés dans l'atmosphère du lieu, l'idée s'est faite plus précise. En plus, ce fut pour moi l’opportunité de ne faire les photos qu’en argentique. J’avais quand même emmené mon X100T, mais il est resté au camping.
Patrick : Une fois que le choix s’est porté vers la publication d’un livre, il nous a juste fallu mettre nos egos de côté et penser collectif. Nous avions plusieurs “scènes” à couvrir, l’église, le parvis, les alentours, le toit de l’église ; qui voulait faire quoi et quelle était la motivation de chacun. On s’est tous les trois retrouvé dans les lieux qui nous correspondaient le mieux à ce moment-là.
Copyright - Patrick Ondicola
Cédric : Il suffit justement de laisser les trois voix s’écouter et s’entendre. Avant de partir, j’avais une idée bien précise du type d’images que je voulais. Il fallait que je sois très proche de mes sujets et cette fois j’avais envie d’arracher au temps des images avec l'atmosphère que j’avais pu ressentir. J’avais déjà eu à faire aux Gitans, et j’en avais gardé un très bon souvenir mais lointain, alors pouvoir montrer leurs valeurs et leur culture m’a tout de suite motivé. De nos jours, dès qu’on ne se plie pas aux règles de notre société, on passe pour un révolutionnaire... ça marche pour les minorités aussi. C’est un peuple nomade, comme la nature nous a conçu, et ils ont leurs extrêmes comme nous les nôtres, souvent créés par les nombreux pièges de notre société actuelle, mais ça ce n’est que mon point de vue. Après une journée de repérages, on a simplement choisi de discuter de nos ressentis personnels. En fait, on a surtout décidé de ne pas rester ensemble durant les journées et de se rassembler à la fin, pour avoir trois vrais points de vues.
Comment fabrique-t-on un livre de photographies ? Pourquoi un financement participatif ?
Raphaël : Alors, déjà il faut sélectionner les photos que l’on garde. On a fait notre tri chacun de notre côté et on a rassemblé une première sélection. Ensuite, par rapport au total des photos réunies, on est tombé d'accord sur une "fourchette" pour que le livre soit réalisable en respectant la mise en page qui rythme la lecture tout au long... Puis, vient le choix du papier, de la couverture, du financement, de l’imprimeur… Bref, on rentre dans le concret… Donc, il y a des concessions à faire entre l’idée qu’on a au départ et puis la réalité de l’objet final. Le financement participatif permet de toucher d’autres personnes que notre entourage… et puis de valoriser l’ouvrage, avec des contreparties comme des tirages originaux.
Patrick : On sélectionne chacun les photos que l’on estime dignes de paraître dans le livre. On fait des tirages papier. On se met autour de la table et on les regarde, on les commente, on fait un premier tri. Après il faut recréer la trame de l’histoire et, au fur et à mesure, cela s'affine. Après chaque évolution du livre, Raphaël nous soumettait la maquette et on en rediscutait, car c’est lui qui a fait le montage final. Le financement participatif nous permet d’aller au delà du livre lui-même...
Cédric : J’ai découvert tout ça il y a peu, mais tout a son importance comme l’explique Raphaël. Je suis quelqu’un d’assez chiant sur les détails, et là je me suis régalé du coup ! Même si ça demande beaucoup de travail, je ne dirais pas que la conception est compliquée, c’est même génial, mais on ne vous cachera pas que c’est bien d’arriver au bout... aussi. C’est plutôt la phase finale qui est un peu frustrante, car elle ne dépend plus vraiment de vous… On doit se raviser sur la qualité de l’objet, faire des compromis et un peu le VRP...
Copyright - Cédric Ortiz

Quels sont vos projets en cours ou futurs ?
Raphaël : Trouver un éditeur qui proposera le livre à la vente, au plus large public possible. Nous avons répondu à pas mal d’appels à candidature pour tirer une exposition de “PÈLERINAGES, les Saintes Maries de la Mer”. On a aussi quelques pistes pour exposer des grands formats sur des événements. Bref, aller jusqu'au bout de cette aventure. Et puis, en parallèle mettre en place mes nouvelles prestations “tout argentique - all analogic” !!! Bref cela rejoint notre punchline : LE Collectif d’auteurs sensibles à l’émulsion créatrice !
Copyright - Raphaël Cauhépé-François

Patrick : Terminer cette aventure et en démarrer une autre, car nous mettons en place dans le village d’Ascain un Laboratoire Analogique Coopératif, avec la possibilité pour des photographes adhérents, et qui n’ont pas de labo chez eux, de venir développer leurs films et réaliser des tirages noir et blanc. Aussi, nous allons proposer des cours de labo noir & blanc, des workshops avec des invités et aussi des ateliers sur les procédés alternatifs de développement et de tirage... Il y aura aussi un studio de prises de vue... Enfin bref, une nouvelle aventure… très orientée sur l’analogique.
Cédric : Plein !... Gagner au loto, partir faire le tour de monde, avoir une licorne... J’ai beaucoup de projets/rêves que je garde pour moi désolé ;) D’un point de vue purement professionnel, porter le premier livre du Collectif jusqu’au bout et lancer de nouveaux projets en s’éloignant le plus possible des racks à cartes postales ! Mais aussi continuer à développer mon activité dans le secteur du mariage comme il se doit, ça serait pas mal ça aussi...
Quel  déclencheur pourrait vous donner envie d’intégrer un nouveau photographe à votre Collectif ? Envisagez-vous de le faire ?
Raphaël : A mon avis, pour bien avancer il faudrait que l’on soit quelques photographes de plus, le plus dur c’est la complémentarité… et trouver des photographes qui n’ont pas des egos qui “dégueulent”... En Collectif, c’est un peu un pour tous et tous pour un… Il faut bien se mettre dans la tête qu’on avance groupé et non pas se servir des autres pour avancer. C’est une philosophie, une façon d’être dans la vie… Mais je crois que déjà, il faut qu’on parvienne à un équilibre à 3 avant de penser à être plus nombreux… en même temps, il faut rester ouverts, car l’équilibre peut se trouver aussi avec de nouveaux collègues… et puis les décisions, on les prend à 3…
Patrick : Je pense que ce n’est que le début du Collectif, trois c’est bien mais ce n’est pas assez, nous savons que nous allons intégrer d’autres photographes. Il nous faut juste le temps de les rencontrer et de voir si l’alchimie se fait. Il est important que le Collectif soit une entité à part entière et plus nous serons nombreux à avancer dans le même sens, plus nous irons loin. Notre richesse intérieure est le résultat de la pluralité de nos différences.
Cédric : Comme le dit Raphaël le tout est de garder notre philosophie intacte, je suis un ours qui aime le contact, alors si un jour la vie décide de mettre quelqu’un sur ma route pour partager ça avec nous, je saurais le/la reconnaître à coup sûr ! Je pars sur cette base on dira… et on a déjà un ancien à gérer, c’est pas facile vous savez...
Copyright - Cédric Ortiz

Nous vous remercions d’avoir répondu à notre curiosité insatiable, si vous deviez chacun donner un mot de la fin, lequel serait-il ? 
Raphaël : Merci et ravi d’avoir découvert l’Oeil du photographe ! Pour le mot de la fin : Que faire ! Si l’union ne fait pas la force ;-)) !!! 
Cédric : Un autre café s’il vous plaît ! 
Patrick : Clic...
Copyright - Patrick Ondicola

Vous pouvez poursuivre la balade dans l'univers du Collectif sur leur site IMAGINeART ou participer au financement participatif pour l'édition du livre (en savoir plus sur le livre).
    Interview réalisée par : Aurélia Cointre Mazni et Evelyne Zeltner - novembre 2017